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Logement en Seine Saint-Denis :

Les politiques macronistes, l’État colonial et l’organisation de la misère

La crise du logement en France n’est ni conjoncturelle ni accidentelle. Elle résulte de choix politiques délibérés, assumés, portés depuis sept ans par les politiques macronistes, au service des intérêts du capital, de la rente immobilière et d’un État impérialiste qui fragilisent durablement les classes populaires. En Seine-Saint-Denis, ces politiques prennent la forme d’une véritable violence sociale, raciale et territoriale.

Selon la Fondation pour le Logement, 350 000 personnes sont aujourd’hui sans domicile. Plus de 2,7 millions de ménages attendent un logement social. En 2024, seules 82 000 constructions de logements sociaux ont été financées, le pire chiffre depuis vingt ans, tandis que les expulsions locatives atteignent un record historique avec plus de 24 500 expulsions forcées. En même temps, 912 personnes sont mortes dans la rue en un an. Ces chiffres ne relèvent pas de la fatalité : ils sont le résultat direct des choix du gouvernement Macron et de la violence d’Etat structurelle.

Depuis 2017, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs ont méthodiquement démantelé les politiques publiques du logement. Baisse des APL, restrictions budgétaires imposées aux collectivités, fragilisation financière des bailleurs sociaux, gel des prestations sociales : ces orientations accentuent la pénurie de logements accessibles et aggravent les inégalités, tandis que les politiques fiscales favorisent les ménages les plus aisés.

Cette politique frappe d’abord les territoires populaires et racisés. La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France hexagonale, l’un des plus jeunes, des plus racisés et des plus abandonnés par les politiques publiques. Ce n’est pas un hasard si l’État y investit moins, y laisse les services publics à l’abandon et y traite la pauvreté par la répression policière et l’urgence permanente. Le 93 est administré comme un territoire colonisé de l’intérieur, où l’on tolère des conditions de vie indignes qui seraient inacceptables ailleurs.

Dans le département, 96 % des demandes d’hébergement via le 115 n’aboutissent à aucune solution. Des milliers de familles, souvent racisées, souvent migrantes, souvent avec enfants, survivent pendant des années dans des hôtels sociaux insalubres, sans perspective de relogement. Ce traitement n’est pas un dysfonctionnement : il s’inscrit dans une logique coloniale de relégation, où certaines vies sont jugées moins dignes que d’autres.

À l’international, l’État français continue de défendre des intérêts impérialistes, d’exporter des armes et de soutenir des guerres. À l’intérieur, il applique une logique similaire : austérité pour les classes populaires, sécurisation pour les quartiers, abandon social pour les plus précaires. Les milliards existent, mais ils sont dirigés vers l’armée, la police et les grandes entreprises, pas vers le logement, la santé ou l’éducation.

Plus encore, le mépris de l’Etat se fait ressentir au sein des départements dits d’Outre-Mer. En 2023, on quantifie environ 600 000 personnes concernées par le mal logement. Ce qui correspond à 3 habitants sur 10. Une situation inquiétante lorsque 13% des logements sont considérés comme étant insalubres et dégradés. Enplus de la vie chère induisant les populations à une vulnérabilité et à une précarité, les loyers dans ces territoires néo-colonisés dépassent ceux de l’Hexagone. Ils représentent une part importante du budget des ménages, aggravée par des revenus plus faibles. 80 % des foyers ultramarins sont éligibles au logement social, soulignant l’urgence d’agir.

La loi Kasbarian : symbole du mépris macroniste

La loi dite Kasbarian-Bergé, soutenue par la majorité présidentielle, illustre parfaitement la violence sociale du macronisme. Sous couvert de « mobilité dans le parc social », elle vise à expulser jusqu’à 30 000 ménages des logements sociaux en abaissant les plafonds de ressources. Autrement dit : faire sortir les pauvres du logement social… sans leur proposer de solution.

Dans un contexte où 35 % des locataires HLM vivent déjà sous le seuil de pauvreté, cette loi constitue une attaque frontale contre les classes populaires. L'État mobilise ses forces pour multiplier les expulsions de familles, révélant le caractère illusoire d'une trêve hivernale qui ne sert que de façade sociale à une pratique pourtant systématique.

Les problématiques liées à l’accessibilité

Les personnes en situation de handicap, souvent au croisement de multiples discriminations, subissent frontalement la crise du logement. En 2021, près de 26 % d’entre elles vivaient sous le seuil de pauvreté. Parmi les personnes sans domicile, l’INSEE estimait déjà en 2011 que 10 % percevaient l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH), révélant une vulnérabilité structurelle face à l’accès au logement.

À ces difficultés socio-économiques s’ajoute une autre réalité du mal-logement, qui recouvre également un manque criant d’adaptabilité des habitations. Les personnes en fauteuil roulant sont confrontées à des logements inadaptés : espaces insuffisants, absence d’aménagements essentiels tels que des douches accessibles ou des sanitaires adaptés, renforçant le caractère profondément discriminant de l’accès au logement. Alors que la loi de 2005 garantissait l’accessibilité des logements neufs, la loi ÉLAN de 2018 a considérablement affaibli cette exigence, en la limitant à seulement 20 % de logements accessibles.

Aujourd’hui, les adaptations restent largement insuffisantes dans le parc social et quasi inexistantes dans le parc privé.

Logement et LGBTQIphobies : les oublié·es du macronisme

La Pride des Banlieues rappelle que les personnes LGBTQI+, en particulier celles issues des quartiers populaires, racisées et parmi elles, les personnes trans sont parmi les premières victimes de cette crise. Exclusions après un coming-out, discriminations au logement et à l’emploi : autant de réalités invisibilisées par les politiques publiques actuelles. Parmi les personnes sans-abri, les personnes queers sont surreprésentées. Pourtant, le gouvernement Macron n’a jamais mis en place de politique ambitieuse d’hébergement et de logement adaptée à ces réalités. L’universalité proclamée sert ici à masquer l’abandon concret.

Nos revendications : destitution de Macron et fin de l’exploitation capitaliste

À l’approche des élections municipales, la Pride des Banlieues appelle les candidat·es à rompre clairement avec les politiques du gouvernement Macron et ses allié.es.

La Pride des Banlieues exige :

● La création immédiate de 10 000 à 15 000 places d’hébergement d’urgence en Seine-Saint-Denis, hors hôtels sociaux.

● La réquisition des logements vides, alors que plus de 3 millions de logements sont inoccupés en France.

● L’arrêt total des expulsions locatives, sans conditions.

● Un investissement massif dans le logement social public, libéré des logiques de marché.

● La formation obligatoire des personnels à l’accueil des personnes LGBTQI+, racisées et migrantes.

Mobilisez-vous avant la Marche !